Jeanloup Sieff

Jeanloup Sieff, vous connaissez ? Non ? Jetez un œil sur le Site de JL Sieff. Ce photographe a bercé les yeux de pas mal d’adolescents de l’époque, le rêve au bout des doigts qui tournaient les pages du magazine. Ce photographe une fois mes émois enfantins passés, m’a laissé sur ma faim, perplexe j’étais. Aujourd’hui, si quelques unes de ses photos me plaisent, si sa maitrise des cadrages et de la lumière ainsi que son interprétation du noir et blanc m’enseignent toujours autant, il m’est difficile au nom de mes souvenirs, d’écrire que ce photographe ne m’inspire pas… Je n’aime pas les photos de Jeanloup Sieff .

Sacrilège ! Mou de l’œil ! Ectoplasme du déclencheur ! Tels vont être les insultes les plus gentillettes que je vais recevoir. J’assume et ne voulant pas rester sur un « j’aime pas », j’argumente.

Le Jeanloup Sieff reporter, c’est pas mal, des classiques au 35 ou 50 mm. Ses portraits, du grand art, peut être l’essence même de ce photographe que j’imagine rêveur et connaisseur des hommes. Il savait magnifier, particulariser les modèles.

Mais ce dilettante sans ancrage, fixé au piquet de la pellicule, bouffe tout de la vie, passionné par tout et rien semble s’être perdu dans le labyrinthe de sa conscience. Le talent mis au service du racolage, l’élan créateur au service de l’outil. Bref, l’inverse du photographe.

Jeanloup Sieff a surtout produit des photographies de femmes nues. L’étalage de la vulgarité sur papier glacé. L’impudeur au nom de l’art, l’érotisme pour transmettre ses fantasmes au plus grand nombre, l’atteinte à la dignité des femmes pour plaire et satisfaire ceux qui n’osent pas afficher le goût de la pornographie publiquement. Bref, photographier des femmes nues est aussi artistique qu’exposer ses parties intimes lors d’un diner familial. C’est mon avis, pas que le mien mais même si, je persisterai ! Tiens, un autre dis la même chose : « …L’essentiel est qu’il reste des jeunes qui vont continuer la tradition du grand noir et blanc intelligent, je ne parle pas des photos de filles à poil, ça, c’est mauvais en noir et blanc ET en couleurs ! « 
Bernard Plossu in Réponses Photo hors série n°10. page 72

Et ce noir et blanc, poussé au maximum de la caricature, tellement que la lumière en devient improbable. Plus rien n’est plausible. La nuance disparaît au profit du sensationnel. Créer le choc pour exister photographiquement. Pourquoi ? Certainement la crainte de ne plus être reconnu dans le consensuel, dans le classicisme. Manque de confiance évident que semblent mettre à jour ces excès techniques et choix du cul.

Pour couronner le tout, faire d’un objectif, inusité à son époque, sa marque de fabrique, c’est un peu comme penser que Yehudi Menuhin était un grand violoniste car il utilisait des Guarnerius ! Des femmes nues et des portraits au grand angle, des paysages déformés. L’artiste au service de l’outil, l’enfant prisonnier de ses jouets. L’inversion qui a préfiguré le passage de la photographie à l’imagerie industrielle des fabricants, au boulimisme du web. Le grand angle devenu par l’effet Sieff une norme de la vision. Embrasser le maximum dans le minimum d’espace, règne de la quantité et effet psychotrope pour une société nourrie aux stupéfiants et autres artifices nourrissant l’illusion.

Jeanloup Sieff ne me laisse pas indifférent, peut être car je perçois l’étincelle qui aurait pu embraser l’universel alors qu’elle n’a fait que mettre le feu au compte en banque des collectionneurs.

ReflexNumerick, LE BLOG

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8 Responses to Jeanloup Sieff

  1. Jc says:

    Je fais partie des adolescents d’hier. Fascinés.
    JL Sieff, c’est pour moi du costaud. Du « qui dérange », du « qui choque », du « j’aime ça et je t’emmerde… »
    Et j’aime ça. La démarche d’abord, le résultat enfin.
    Commercial ? Oui. Et alors ? J’ai aussi eu Yab en reporter de guerre dans le biberon. J’ai pas aimé, dés le début. Pourtant Mr le Grand Yab, en matière de commercial, c’était, ce fut, ça reste un Maître.

    Aujourd’hui je n’aime toujours pas le « made YAB » (et de moins en moins), mais je continue d’aduler la Sieff touch’.

    Mais la recette d’hier ne fait pas le succès d’aujourd’hui… Inutile de copier, c’est déjà pris. Définitivement pris. Grandiosement éculé.

    N’empêche, la seule chose que je déteste chez Jl Sieff c’est que je ne ferai jamais aussi bien.

    Voilà.
    Et hop.

    • reflexnumerick says:

      Bonjour,

      Tu aimes. C’est bien. Sieff ne laisse pas indifférent, c’est vrai …. Je ne jette pas tout, tu l’as compris, les portraits : géants !

      Voilà ! youp la boum ….

  2. Jc says:

    Merde ! Tu as la crontr’argumentation timorée… ^^
    Sans déc’, j’ai peut être des goûts de chiottes mais même ses nus me plaisent ;)

    • reflexnumerick says:

      Voila, voila …. Les nus, je dirais ces nues, j’aime pas … mais je trouve ça ringard à un point que tu ne peux même pas soupçonner. Une femme nue au milieu de rien, en N&B dans une pose généralement grotesque, je trouve ça nul ! La pudeur, la pudeur … Le corps de la femme n’est pas un objet, livré en pâture à la convoitise de regards lubriques. Et qu’on ne me parle pas de morale, l’intimité ne s’étale pas.
      Bon, pour le reste j’ai déjà dit.

  3. Jc says:

    Ben outre le n&b, les textures, bla bla bla… (bla bla qui reste vrai) je trouve qu’il traite le nu dans toute sa dimension. Et qu’il ne fait que du nu.
    Aguicheurs, qques fois vulgaires, oui. Mais tellement beaux.
    Aujourd’hui on ne voit que du politiquement correct, qui ne choque pas, qui ne dérange pas.
    Je retrouve le même côté provoc dans ses nu que dans ses portraits. Tout au moins dans ceux que j’ai vu.
    C’est ça que j’aime dans ses photos, outre la maitrise technique.

  4. sarabande says:

    merci du lien
    je ne connaissais point

    sarabande

  5. RioBravo says:

    C’est marrant… Je prends conscience, là, d’impressions que je n’avais jamais précisées. Moi aussi, je suis un ancien adolescent (j’ai même créé, à une époque, l’association des Anciens Bébés). Donc, Jean-Loup Sieff, dans mon souvenir, c’était quelqu’un. Pas à cause de ses nus : je préférais Hamilton, parce que, pour les ados boutonneux, c’était le temps des petites Suédoises, qui venaient à Paris comme les Françaises allaient en Yougoslavie, sur la réputation des mâles… La libération sexuelle pré-68, c’était quelque chose qu’on n’imagine pas aujourd’hui. Fallait se battre. Tante Yvonne veillait sec. Rien à voir avec Carla Bruni.

    Non, Jean-Loup Sieff, pour moi, c’était les visages. Je me disais que si, un jour, je devenais photographe, je ne cadrerais plus que des visages, comme lui, et même plus que lui. Il faut tout de même reconnaître qu’il faisait partie de ces photographes qu’on identifie au premier coup d’oeil, même si ce n’est pas forcément une garantie de qualité. C’est inimaginable la quantité de poils de nez que j’ai pu photographier, ensuite, à cause de ça.

    Puis j’ai oublié Jean-Loup Sieff… Tu as raison, il ne devait pas être si inoubliable que ça, en fin de compte. Mais je ne suis assurément pas bon juge.

    Merci pour ce petit coup de passé !

    Jean

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