Expositions photos à Toulon

Mon premier billet pour une manifestation culturelle de ma ville, Toulon. Après avoir critiqué la critique, je me lance dans ce curieux exercice. Pourquoi ? Pour tenter de comprendre la politique culturelle vis à vis de la photographie, dans une ville moyenne du sud de la France.

Je serais de mauvaise foi si je ne vous disais avant, m’être régalé dans plusieurs expositions toulonnaises ces derniers temps. Pour mémoire, en vrac : « René et Radka » et Henri-Cartier Bresson à la « maison de la photographie », Hans Sylvester et Florence Henri à l’Hôtel des arts, Knorr et le fond photographique du musée d’Arts de la Ville, et quelques autres …Je passe sur mes déceptions, sauf celle de Martin Parr, mauvaise qualité de la projection des photos et boycott de ce photographe depuis son engagement déplorable aux Rencontres d’Arles.

Donc, cet après midi, je me suis rendu à la Galerie de la Porte d’Italie pour voir les photographies de Frederique Makoa et Michel Heger.

Le travail de Michel Heger est abouti, un reporter du monde. Une trentaine de paysages, scènes de vie et portraits à travers le monde. Des couleurs, des superbes lumières, des cadrages et compositions aux « p’tits oignons » bref, un regard magnifiant l’environnement, celui d’un amoureux du monde et des gens.

Par contre, je n’ai pas été convaincu par les photos de Frederique Makoa. Pas que son travail ne soit pas bon, non. Juste que je me pose la question, pourquoi le choix de ces photographies? Une trentaine de portraits de commerçants locaux. D’accord, ils sont nets, pas de défauts majeurs mais aucune qualités pour être exposés. Je comprends mieux lorsque, avec le programme, l’hôtesse me donne la carte de visite professionnelle de la photographe. Tant mieux pour elle, si cette expo lui donne un coup de pouce. Frédérique Makoa satisfait certainement ses clients, mais s’exposer au public requière une démarche que des photos semblables à celles vues par millions sur des forums n’ont pas. Pardon Frédérique Makoa, mais votre travail aurait eu plus de valeur exposé dans votre studio, maintenant professionnel. Il aurait été à sa place.

Cette initiative malheureuse, à mon sens,  n’étant pas la première, dessert la photographe, la photographie et la structure qui l’accueille. La photographe, car le public d’exposition attend une qualité artistique de bon niveau, son image d’honnête artisan peut alors se ternir bien que remplissant son but dans d’autres conditions ; la photographie car, un certain public peut penser « je peux faire pareil, avec mon super boîtier », discréditant encore un peu plus ce métier ; enfin, la structure car ce n’est pas sain de remplir l’agenda des événements, comme ça, sans la rigueur nécessaire. Le public désertera un jour, car il se lasse; il faut le surprendre, l’éduquer avec une politique à long terme. Une politique qui fuit les effets de manche.

Ô, je ne pense et ne dis pas qu’il ne faut pas donner sa chance à des débutants, juste s’assurer du minima. Et peut être les présenter comme tels, comme des artistes en devenir qui ont encore beaucoup d’efforts à faire.

Toulon a beaucoup souffert sur les plans économiques et culturels, il semble qu’ un renouveau pointe à l’horizon. Mais que ce renouveau ne soit pas une indigestion d’arguments pour remplir les urnes, qu’il ne mise pas sur une surévaluation marketing de la culture, celle dont on dit « que moins on en a, plus on l’étale ». Ce mot me rebute, « la culture », ne le coupez pas du vivant, n’existant que par la réalité du terrain, par la cité portant le quotidien et l’exception comme le gage de sa bonne santé. Loin de ces mascarades hideuses promouvant le vulgaire en le déclarant populaire, des auto-proclamés artistes, des marchands de rêves ayant fait de « la culture », un métier ; construisez un avenir qui fait grandir les toulonnais en les éduquant, en les motivant, en les mélangeant.

Addendum du 17/11/2011 : Quelques mots sur l’autre exposition sur Toulon à la Maison de la Photographie. Jean Luc Charles nous montre son Toulon, pourquoi pas ? En dehors du risque d’indigestion à trop ressasser le même thème, avouons que les photos sont agréables à regarder dans l’ensemble, des vidéos agrémentant l’expo . Bien que comprenant l’esprit qui a animé J.L Charles, je lui conseillerais, tout de même, de faire un tri plus sélectif dans le choix des tirages, d’une part, et d’autre part, d’être plus attentif à la lumière en général, fondement de la photographie. Les personnages ne sont pas assez mis en valeur, j’ai ressenti une distanciation froide entre eux et le photographe, la complicité manque à ses photos de rue. Je dirais que les photographies que j’ai vues laissent augurer d’une suite qui sera intéressante, le style et la personnalité sont bien là !

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2 Responses to Expositions photos à Toulon

  1. Rafael says:

    Pour prolonger votre article j’aimerai ajouter que le problème avec la photographie, qui produit grand nombre d’exposition comme celle que vous décrivez, est que l’on ne fait pas assez la différence entre la photographie artistique et la photographie « non artistique ».
    Je pense que la discipline photographique est divisée en deux: la photographie produite par des artistes, au même titre que la peinture, la sculpture ou autre, la photographie est alors un médium artistique comme un autre, qui a bien sur ses spécificités; et la photographie des photographes, artisans, qui utilisent cet outil pour produire des documents.
    Dès lors, je ne pense pas que la photographie « document » n’ait sa place dans une exposition artistique, car à mon sens, même si certains de ces documents possèdent des qualités artistiques (qui souvent se limitent à des qualités esthétiques).
    On devrait commencer par présenter ce genre de photographie comme non artistique mais à valeur documentaire, informative, etc…
    Tout travail photographique (de qualité bien sur!) est « exposable », mais pas dans les mêmes lieux et surtout pas selon les mêmes critères.
    Si on présentait correctement les travaux photographiques, en tenant compte de cette différence, je pense qu’aucune exposition ne pourrait réellement desservir la discipline ou les photographes.

    Bravo pour votre blog, il ouvre toujours des réflexions intéressantes, bien que je vous trouve un peu dur par moment (notamment concernant les « consommatographes », mais c’est une autre histoire!)

    Rafael

    • reflexnumerick says:

      Bonjour,

      Je ne peux qu’adhérer à votre réflexion sur la photographie. Simplement, je précise mon opinion, la photographie est d’abord documentaire et informative; son aspect « artistique », est, pour moi, secondaire. Ce qui n’enlève rien à la qualité et à la fonction de ses deux facettes.

      @+
      patrick

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